L’ÉNERGIE VAGABONDE, QUATRE SOIRÉES EN VOYAGE AVEC L’ÉCRIVAIN SYLVAIN TESSON. #interview

Pour cette rentrée, Sylvain Tesson donnera quatre soirées les 7, 14, 21 et 28 septembre à 18h30 au théâtre de Poche Montparnasse

La période récente est symbole d’immobilité, vous prouvez à travers vos voyages, votre écriture, vos chroniques radios et la scène, que l’on peut être mobile d’une autre manière. Vers quelles lignes de fuite va votre préférence aujourd’hui?

Retour à la montagne ! En France, nous avons une avenue de liberté : l’arc alpin. La subduction des Alpes au Quaternaire : cela s’est passé près de chez vous ! L’alpinisme demande un effort gigantesque qui vous fait gagner du temps. Une ascension, c’est une vie ! Chaque geste compte. On se souvient de chaque pas. On prend dix ans ! Ce n’était tout de même pas la peine d’aller à Bangkok ! J’étais au sommet du Grépon la semaine dernière, j’ai embrassé la Statue de la Sainte Vierge (44 kilos) qui a été rivée sur le rocher en 1927.Quel bonheur que les membres des comités laïcs et les déboulonneurs soviéto-ravacholiens soient trop occupés dans la vallée pour faire l’effort de monter là-haut.

La rencontre avec le public caractérise le spectacle vivant, cette rencontre presque subversive en période virale vous devient elle nécessaire? Subversive ? 

N’exagérons rien. Nous sommes arrivés à un tel degré de panique que nous trouvons rebelle de nous embrasser. C’est tout de même encore moins subversif qu’à Kaboul ou même à Ankara. Nous sommes devenus, nous autres Français, des gens très sensibles. Cette délicatesse me ravit car je déteste la brutalité. Qu’est ce que la politique ? L’art de contenir les foules, de les contenir. Les Jeux y aident, les religions aussi. Le Virus parachève l’anesthésie. Le Covid c’est la camisole. Le théâtre est une épine dans l’ordre sanitaire. Pensez ! Des gens qui crachent sur des gens qui dorment ! Mon père l’a dit dans un petit libelle : l’effet le plus grave de ce virus serait de nous conforter dans une paresse intellectuelle dont le mot d’ordre serait : « rentrez chez vous et allumez Netflix ». Il a bientôt 100 ans. Il est donc normal qu’il soit effaré par la mollesse, la prudence, la pusillanimité générale et la fatigue érigée en trésor national.

« Voyageur sans bagages », y a-t-il d’autres univers de création comme la peinture, la photo, où d’autres que vous aimeriez explorer?

Mais pour créer, il faut avoir du talent ! Je ne sais pas me servir d’un appareil photo, ni d’un pinceau. En spectateur, oui, je veux bien tout voir ! Je regarde ébloui Turner, Raphaël et Corot. Et j’ai découvert récemment les atmosphères de Burne-Jones qui me donnent envie de courir les landes celtiques.

Comme l’exprimait Louis Jouvet, il faut mettre de l’art dans sa vie et de la vie dans son art. Qu’est ce qui anime le plus vos paysages intérieurs?

Je mets le temps dans l’espace en grimpant sur les vieux affleurements de la Terre, granitiques ou calcaires. Puis je donne forme au temps en contemplant longtemps les paysages naturels. Je mets de l’Histoire dans la géographie en vénérant les paysages. J’aime que les mots décrivent un paysage. Le verbe prolonge le voyage. Pour moi le plus beau des gestes-barrière c’est de lever la barrière et de ficher le camp. Je crois que j’ai le virus. Du mouvement.

Lien vers le site du Théatre de Poche Montparnasse http://www.theatredepoche-montparnasse.com/project/sylvain-tesson-lenergie-vagabonde/
Jean COUTURIER
Jean COUTURIER