« Tenir Paroles », création collective par la troupe de l’imaginaire, sous la direction d’Emmanuel Demarcy-Mota.

Emmanuel Demarcy-Mota le dit en ouverture du spectacle, sa troupe de l’imaginaire est issue des conversations poétiques que le Théâtre de la Ville a initié pendant le confinement. 

Il découvre la plupart des artistes qui ont participé à cette aventure au moment de la réouverture de l’Espace Cardin le 22 juin. À ce jour, 8 500 personnes ont été appelées à travers le monde pour ces différentes consultations poétiques, mais aussi scientifiques. Un choix de conversations intimes en une vingtaine de langues, menées sur rendez-vous pendant le confinement, nourrit cette soirée. 

En parallèle, une belle solidarité entre le théâtre public et l’hôpital public est née. Nous assistons ainsi à une pièce de deux heures vingt entre poésies et témoignages, révélant la profonde humanité de tous les protagonistes. 

La dure réalité du moment n’est pas cachée lorsque que le metteur en scène nous annonce qu’en France, le Plan Blanc des hôpitaux débute ce jeudi 8 octobre, alors que de nombreux pays se reconfinent. 

Un voyage immobile où l’on rencontre des poètes, des femmes, des enfants, et des hommes vrais dans leurs douleurs où leurs joies. À une femme malade, une comédienne récite : « Je voudrais pas crever » de Boris Vian ; on entend un poème métaphysique d’Henri Michaux ; la phrase de Proust : « Dans le ciel férié, flânait longuement un nuage oisif » revient régulièrement comme un fil rouge mélancolique. 

Une troupe venue de Florence nous fait découvrir un poème de la poétesse Mariangela Gualtieri intitulé « prière à sa mère pour qu’elle meure », écrit en 2015, d’une beauté intense sur la perte imminente d’une mère, «Vole – monte – va en ce lieu que nous ne savons pas. Deviens lumière ‘man. Pour moi deviens le grand trou du monde l’image disparue la plus grande. Je suis prête ». 

Et l’on redécouvre ce monologue prémonitoire qui ouvre « Jeux de Massacre » (1970) d’Eugène Ionesco : « Nous sommes accablés par une mortalité sans causes connues. Des soldats entourent la ville. Plus personne ne peut entrer et vous ne pouvez plus sortir. Il n’y aura plus de réunions publiques. Les groupes de plus de trois personnes seront dispersés. Il est également interdit de flâner. Les habitants devront circuler deux par deux afin que chacun puisse surveiller l’autre. Rentrez chez vous, que chacun reste chez soi. Que l’on ne sorte que pour le strict nécessaire ». Cette polyphonie est accompagnée par les musiques improvisées d’Armand Méliès et Henri Tournier. 

Voilà une belle soirée de théâtre qui incite aussi à la lecture, puisque tous les textes entendus se trouvent à la librairie de l’Espace Cardin.

Tenir paroles

De

Emmanuel Demarcy-Mota

Depuis le début du confinement, 97 acteurs, médecins, danseurs, scientifiques et musiciens ont partagé l’aventure des consultations téléphoniques puis présentielles dès que cela a été possible. Au 1er juillet, 7500 personnes avaient participé à ces dialogues inattendus, échanges en tête à tête entre un artiste et un scientifique et une personne consultée. Les échanges ont eu lieu en 19 langues et dans plus de 30 pays à travers le monde. Chaque rencontre est unique, chaque dialogue une expérience intime et artistique.

C’est la charge d’humanité de cette aventure inouïe que nous chercherons à porter sur scène, réunissant témoignages de consultants, de consultés, de médecins, de patients. Un instantané, un devoir de mémoire sur cette période à la fois proche et lointaine.

https://www.theatredelaville-paris.com/fr/spectacles/saison-2020-2021/theatre/tenir-paroles-1