UNE SEMAINE D’ART EN AVIGNON

Mini-festival d’avignon du 23 au 31 octobre.

23 OCTOBRE, Première journée de la Semaine d’Art d’Avignon

Le tambour de soie, un Nô moderne avec Kaori Ito et Yoshi Oïda

Cette « Semaine d’Art en Avignon » est une citation. Il s’agit du premier nom donné en 1947 par le Maire Georges Pons et Jean Vilar à l’événement qui allait devenir l’actuel Festival d’Avignon. 

Annulé pour cause de Covid, le festival de l’été revit du 23 au 31 octobre 2020, au travers de sept spectacles joués dans la ville.

Les trompettes de Maurice Jarre retentissent au milieu des arches ogivales de la Chapelle des Pénitents Blancs, lieu historique, qui accueille trois talentueux artistes japonais : la danseuse Kaori Ito, le comédien de 87 ans Yoshi Oïda et le musicien Makoto Yabuki. 

Le texte de Jean-Claude Carrière, inspiré de Yukio Mishima ayant adapté une pièce de théâtre Nô, nous conte le récit d’un vieil homme de ménage dans un théâtre tombant amoureux d’une danseuse en train de répéter avec son musicien. Prise au jeu de la séduction, elle fait croire à cet homme qu’elle sera sienne s’il réussit à faire sonner son tambour de soie. Mission évidement impossible. 

Copyright Christophe Raynaud de Lage

Rêve où réalité, le vieil homme réapparaît ensanglanté et vient hanter et initier une danse de folie que Kaori Ito interprète avec beauté et conviction. Cette rencontre réussie de génération mêle subtilement danse et théâtre. Loin des rues très calmes d’Avignon, le public et les artistes revivent ainsi l’émotion du spectacle vivant. 

Quelle que soit son intensité, cette pandémie n’arrivera pas à nous retirer ce goût si particulier du théâtre, conjuguant comme ici, une histoire forte et un lieu magique.

Toute l’équipe du festival et tous les artistes participant à l’aventure de cette Semaine d’Art en Avignon, sont à remercier pour leur engagement. Le théâtre résiste encore, et c’est tant mieux.

https://festival-avignon.com/fr/edition-semaine-art-2020/programmation/le-tambour-de-soie-34170


24 OCTOBRE: « Les souffrances de Job » d’Hanokh Levin, par la compagnie Deraïdenz.

Dans la note d’intention de cette compagnie de théâtre et marionnettes, on peut lire : « Comédie noire librement inspirée du Livre de Job. On assiste à la chute vertigineuse d’un homme de pouvoir, et à un défilé de personnages grotesques et grinçants qui, au nom de l’Ordre, de la Loi ou de Dieu, par chants et par actes, enclenchent, développent et concluent une mécanique ancienne et brûlante : La Violence Sacralisée ». 

Cela pourrait être une commande datant d’il y a dix jours, pourtant le livre a été édité en français en 1981… l’actualité nous rattrape.

Alors que ce spectacle devait être joué l’été dernier, la troupe de la compagnie Deraïdenz implantée à Avignon, crée avec courage ce spectacle dans une programmation de théâtres indépendants autour de la Semaine d’Art, du 26 au 31 octobre 2020 à 18 h 30 à La Scierie.

Copyright Serge Gutwirth

Elle retrouve ainsi ses codes de diffusion du spectacle : parade statique ou mobile avec ses musiciens dans la ville, même si la fréquentation des rues reste encore modeste. 

Subventionné par la ville, le Grand Avignon et la région, ce pôle « théâtre et marionnettes » est implanté sur l’île de la Barthelasse. Le noyau de la troupe est issu du Conservatoire d’art dramatique d’Avignon. Ils sont comédiens, musiciens et plasticiens au service d’un texte cruel de lucidité.  

L’hiver dernier, Krzysztof Warlikowski avait mis en scène un autre texte d’Hanokh Levin : « On s’en va » au Théâtre national de la danse de Chaillot. Il dit de cet auteur : « chez Hanokh Levin, il y a une abstraction qui côtoie la farce. C’est la farce qui est abstraite et qui se sert de caractères ». Ici, Léa Guillec accentue ce côté farce dans son travail de mise en scène associé à une esthétique baroque et sombre. Elle aime mêler des marionnettes de taille humaine avec ses comédiens, souvenir inconscient de « la Classe morte » de Tadeusz Kantor qu’elle n’a pas pu connaître.

À propos de ce texte, les Éditions théâtrales résument : « À travers la tragédie de Job, Levin nous renvoie l’image d’un monde qui accepte l’inacceptable. Un monde où il n’y a pas de Dieu et où l’humanité n’a que de vaines paroles à offrir face à l’injustice ». Voilà une autre vérité très actuelle.

Il faut continuer de sortir et ne pas hésiter à découvrir une jeune troupe qui, elle aussi, par son engagement, permet à l’art du théâtre de survivre.

Les souffrances de Job ____ De Hanokh Levin
Editions Théâtrales, texte français de Jacqueline Carnaud et Laurence Sendrowicz
Par DERAÏDENZ

https://www.compagniederaidenz.com/