Thibault de Montaigu ou Dieu dans tout ça

Dans la grande famille littéraire, il est à présent temps de convoquer l’oncle. Que le chemin vers la foi passe par une abbaye, rien de plus cohérent, à ceci près que Thibault de Montaigu y séjourne dans le cadre d’une enquête littéraire sur Xavier Dupont de Ligonnès — et si le plus célèbre fugitif de France avait trouvé refuge dans un établissement religieux ? Fausse piste, mais première révélation durant un office du soir : « Alors j’ai senti en moi un point, une minuscule fleur de lumière qui commençait à grandir. (…) Dieu était là, à l’intérieur de moi et derrière toute chose. Ici et nulle part à la fois, dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand, immergé dans l’univers et l’univers immergé en lui… » Bientôt suivie d’une seconde lorsque l’auteur apprend que son défunt oncle Christian a été pareillement frappé par la grâce au même âge et que tous deux avaient jusqu’alors mené des vies placées sous le signe de l’excès. Commence alors la passionnante reconstitution de « l’histoire d’un aristo mondain, obsédé par le sexe, qui un beau jour a vu Dieu et a tout plaqué pour devenir frère franciscain » dans laquelle son neveu trouve écho à sa propre quête existentielle. Tout entier aimanté vers l’essentiel, La Grâce est sans doute le livre le plus subversif du moment en ce qu’il ne cesse de s’affronter à la plus insinuante des tentations du siècle : « Sans doute est-ce une existence enviable, celle où l’on échappe au tragique de notre condition et où l’on tient, autant que possible, la souffrance à distance. Alors pourquoi ne pas s’en contenter ? »

La Grâce, Thibault de Montaigu. Plon. 368 p. 20 €

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