« After », chorégraphie et conception : Tatiana Julien.

Depuis le coup d’arrêt porté à la culture du fait de la pandémie, le chroniqueur critique de théâtre et de danse devient, avec les autres professionnels du spectacle vivant, l’interlocuteur privilégié des rares structures qui ont les moyens de continuer à faire vivre celui-ci. Voir une pièce sur scène reste donc possible et c’est un pur bonheur, mais l’absence de public se fait cruellement sentir en particulier pour les interprètes.Plutôt que de nous proposer une représentation en streaming dans des conditions aléatoires de visionnage, Didier Deschamps a invité les professionnels à voir la dernière création de Tatiana Julien. Elle travaille ici avec Julien Peissel, scénographe de Vincent Macaigne, qui nous transporte dans ce qui pourrait ressembler à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes après une évacuation musclée !

Sur le plateau, ne persiste que quelques reliquats de notre société de consommation au milieu d’une friche envahie par la nature et les danseurs. Dans une atmosphère post apocalyptique, la chorégraphe invite le public à réfléchir sur la destinée de notre planète en phase d’autodestruction. Les huit interprètes survivent au milieu de ce chaos en criant, en chantant, en respirant à pleins poumons bouches ouvertes, en se touchant, en se battant, en s’embrassant, en s’enlaçant, etc. Toute une symbolique de vie qui nous est défendu aujourd’hui.

Vivre cela à distance sur notre siège de spectateur a une saveur cathartique presque indispensable. Privée de tout cela, l’ensemble de la population est décidément bien sage dans nos conditions de vie actuelle. L’équation Métro-Boulot-Télétravail-Dodo reste cruellement d’actualité. Politiques et médecins continuent de naviguer à vue, un petit virus venu d’ailleurs résiste, sans doute pour longtemps. Il serait temps que nos hautes autorités réfléchissent à faire revivre le spectacle vivant avec le public.Même si cette création mériterait d’être un peu raccourcie, il est bon de ressentir ces bruits et cette fureur devenus si rares aujourd’hui, une danse de vie après la chute de nos valeurs matérielles, à la recherche d’une fête perdue il y a bien longtemps. A voir donc, dès que possible.


Au Théâtre national de la danse de Chaillot – 1, place du Trocadéro et du 11-Novembre – 75016 Paris.Tél. : 01.53.65.30.00.

Présentation professionnelle le 11 et 12 février 2021.www.theatre-chaillot.fr.

Les futurs dates de représentations seront à consulter sur le site de la compagnie WWW.CINTERSCRIBO.COM

PHOTO Hervé Goluza