Caroline de Bodinat : un père et manque

Dernière cartouche
Caroline de Bodinat
Editions Stock
216 p. 19 €

Retour du théâtre paternel dans Dernière cartouche de Caroline de Bodinat : « Mon père fonctionne en deux actes, comme il en est de certains opéras ; d’abord les éclats et puis les remords. » Homme fantasque et séduisant, Paul des Tures pourrait n’être qu’un de ces personnages dont chacun croise au moins un spécimen dans son existence, songe-creux toujours sur le point de faire fortune (à l’en croire) et pourtant toujours aux abois, insoumis aux lois de la pesanteur : « Il flotte entre une maison et un appartement, entre deux femmes. A moitié partie pour l’une, à moitié présente pour l’autre. Il n’a toujours pas remplacé le verre gauche de ses lunettes, continue de se frotter la paupière à travers sa monture vide, hausse les épaules à entendre que ça n’amuse plus que lui. » Mais avec une remarquable économie de moyens littéraires, l’auteur précise par petites touches l’inquiétante figure toxique et laisse pressentir toujours plus fortement que sous le pittoresque couve le drame familial. Une fois la tragédie consommée, enfants, épouse et autres devront redéfinir les liens qui les unissent, reprendre pied dans la réalité après avoir si longtemps vécu dans l’ombre d’un père de fiction (« Il avait un côté Tartarin. Les mirages d’un Quichotte. ») qui paraîtra sans doute familier à bien des lecteurs. Et sous le mince vernis de l’invention semble là aussi pointer une histoire vraie.

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