Le Malade imaginaire dans une mise en scène de Claude Stratz. 

Dans le cadre du quatrième centenaire de la mort de Molière, la Comédie-Française reprend la mise en scène emblématique de Claude Stratz, créée en 2001. Celui-ci décèdera prématurément à l’âge de 60 ans quelques années plus tard.

En ces temps de pandémie, cette pièce reste d’une cruelle actualité, comme à l’époque de Molière. En effet, à l’issue de la quatrième représentation de la pièce, le 10 février 1673, Jean-Baptiste Poquelin quitte la scène et meurt d’une pneumopathie dans les jours qui suivent. 

A l’acte III, scène 10, la tirade de Toinette est prémonitoire. Déguisée en médecin, elle examine Argan et dit : « Oui, Monsieur. – Le poumon, le poumon, vous dis-je. » Le célèbre fauteuil dans lequel Molière a joué cette pièce pour la dernière fois, reste exposé dans le foyer du public de la salle Richelieu de la Comédie-Française. Depuis 1680, l’œuvre a été jouée deux mille six cents fois par la troupe. 

En 1665, Molière est nommé responsable des divertissements de la cour de Louis XIV, pourtant il fait naître de nombreuses inimitiés par son œuvre littéraire. Comme le souligne Sacha Guitry en 1954, dans « Cent merveilles »,une série de ses textes le transformant en professeur qui nous raconte les merveilles du monde, et nous rappelle les phrases de Bossuet dites le lendemain de la mort de l’auteur et chef de troupe : « Faudrait-il que nous passions pour honnêtes, les impiétés et les infamies dont sont pleines les comédies de Molière. Qui a expiré pour ainsi dire à nos yeux et qui remplit à présent tous les théâtres, des équivoques les plus grossières dont on n’a jamais infecté les oreilles des chrétiens ». Des hommes d’église du passé, aux hommes de pouvoir d’aujourd’hui, les temps n’ont pas changé, la rancœur et la jalousie nourrissent le cerveau humain. 

Eric Ruf souligne l’extraordinaire adaptation des comédiens de la troupe, au changement de rôle au sein de cette pièce depuis 2001. Il dit : « A ce jour, ont déjà endossé le bonnet de nuit du malade, et avec quel talent – Alain Pralon, Gérard Giroudon et à présent Guillaume Gallienne… Élissa Alloula, une des dernières pensionnaires engagées, enfile la robe jaune poussin d’Angélique sous le regard scrupuleux et amusé de Julie Sicard, qui jouait le rôle à la création et qui, depuis quelques saisons, a repris celui de Toinette… ». 

Sans exception, tous les comédiens sont formidables d’engagement pour faire renaitre un texte pourtant archi connu de nous tous. On retient le couple père et fils Diafoirus, à la fois burlesque et inquiétant, incarné dans une étrange folie par Christian Hecq et Clément Bresson. Guillaume Gallienne donne un aspect fragile et touchant au personnage d’Argan, isolée dans son hypochondrie. Qualifié de « Béralde historique, mémoire du spectacle et chef de troupe » par Éric Ruf, Alain Lenglet impressionne dans le rôle du frère d’Argan, il sort d’une nuit de carnaval et cherche à le raisonner. L’acteur nous dit : « Il incarne le point de vue de Molière (la haine des médecins) ». Son discours prend une autre dimension aujourd’hui, et pourrait être repris par les complotistes et antivax de tous bords.

Des intermèdes légers, dans une esthétique à la Giambattista Tiepolo, et la scène finale dansée et chantée de la fausse intronisation d’Argan comme médecin, n’enlèvent rien au côté sombre de cette pièce très réussie.

Enfin, rappelons-nous la réflexion de Sacha Guitry au sujet de l’envol final romancé de Molière : « Reprocher à Molière d’être mort maquillé, quel est le comédien qui ne l’envierait pas ! ».

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